DESTRUCTION D’UNE ŒUVRE DE PAPA IBRA TALL À THIÈS : LE MCAT EXPRIME SON INDIGNATION ET SAISIT LE MAIRE

Dakar – Le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme a publié ce lundi 6 janvier 2026 un communiqué de presse exprimant sa vive indignation suite à la destruction d’une œuvre d’art en mosaïque du grand maître Papa Ibra Tall, située à la Place de France dans la ville de Thiès. Cette affaire, largement relayée sur les réseaux sociaux ces derniers jours, soulève des questions cruciales sur la protection du patrimoine artistique national.
L’œuvre détruite avait été réalisée par Papa Ibra Tall, figure emblématique et pionnier de l’art moderne sénégalais dont l’héritage continue d’inspirer des générations d’artistes. Cette création en mosaïque constituait un élément majeur du patrimoine artistique national et représentait un témoignage précieux de la mémoire culturelle du pays. Sa disparition porte ainsi atteinte non seulement à l’intégrité du patrimoine artistique mais également à l’héritage laissé par l’un des plus illustres créateurs sénégalais.
Dans son communiqué, le ministère souligne que la préservation des œuvres d’art dans l’espace public relève d’une responsabilité collective, particulièrement celle des autorités publiques. Cette destruction soulève des interrogations sur le respect des procédures et des cadres légaux censés protéger le patrimoine culturel national contre toute dégradation ou destruction arbitraire.
Face à cet acte jugé inacceptable, le ministre de la Culture annonce avoir saisi officiellement le maire de la ville de Thiès afin de solliciter toutes les informations utiles sur les motifs, les conditions et le cadre décisionnel ayant conduit à la destruction de cette œuvre. Cette démarche vise à établir les circonstances exactes dans lesquelles cette opération a été menée et à identifier les responsabilités dans cette affaire.
Le ministère rappelle avec fermeté que toute intervention affectant une œuvre d’art ou un bien culturel, notamment dans l’espace public, doit impérativement se faire dans le respect des textes en vigueur et en concertation avec les services compétents de l’État. Cette exigence procédurale n’est pas une simple formalité administrative mais une garantie essentielle pour la préservation du patrimoine national et le respect du travail des artistes.
Le communiqué réaffirme l’engagement constant du gouvernement du Sénégal à protéger les artistes, à sauvegarder les œuvres majeures de la création nationale et à promouvoir une gouvernance culturelle respectueuse de l’histoire du pays, de ses valeurs et de son identité. Cette position de principe prend une résonance particulière dans le contexte actuel où la question de la valorisation et de la protection du patrimoine culturel sénégalais fait l’objet d’une attention croissante.
Papa Ibra Tall, disparu en 2015, était considéré comme l’un des pères fondateurs de l’École de Dakar, ce mouvement artistique qui a marqué l’histoire de l’art africain contemporain. Ses œuvres, caractérisées par leur richesse symbolique et leur inscription profonde dans les traditions culturelles sénégalaises, ornent de nombreux espaces publics à travers le pays. La destruction de l’une d’entre elles constitue donc une perte irréparable pour le patrimoine national.
Cette affaire intervient dans un contexte où plusieurs pays africains renforcent leurs dispositifs de protection du patrimoine culturel face aux menaces de dégradation, de pillage ou de destruction. Les instances internationales comme l’UNESCO rappellent régulièrement l’importance de préserver les œuvres d’art et les monuments historiques qui constituent la mémoire collective des peuples.
Les réactions sur les réseaux sociaux témoignent de l’émotion suscitée par cette destruction dans les milieux artistiques et intellectuels sénégalais. De nombreux artistes, historiens de l’art et défenseurs du patrimoine ont exprimé leur incompréhension face à cet acte et appellent à des sanctions exemplaires contre les responsables.
La ville de Thiès, deuxième agglomération du Sénégal, abrite plusieurs œuvres d’art public et sites patrimoniaux qui font partie intégrante de son identité urbaine. Cette destruction soulève des interrogations sur les mécanismes de protection et de valorisation du patrimoine culturel au niveau des collectivités territoriales et sur la nécessité de renforcer la sensibilisation des autorités locales à ces enjeux.
L’issue de cette affaire sera scrutée de près par le monde de la culture sénégalais. Elle pourrait constituer un précédent important dans la définition des responsabilités en matière de protection du patrimoine artistique et dans l’application effective des textes législatifs et réglementaires censés le protéger. Le ministère de la Culture attend désormais les explications du maire de Thiès pour déterminer les suites à donner à ce dossier.
Boubacar CISSÉ
