Affaire Radisson Diamniado : polémique nationale, le dossier secoue l’État

La crise sociale qui secoue le Radisson de Diamniadio ne cesse de s’amplifier. Selon Omar Gueye, vice-président des délégués du personnel, les travailleurs vivent « une situation extrêmement tendue », au point d’être, dit-il, « au bout du tunnel ».
L’affaire a pris une tournure nationale après son évocation à l’Assemblée nationale par le député Pape Djibril Fall, provoquant une vive polémique avec le ministre Amadou Ba. Sur les réseaux sociaux, le dossier suscite également un important mouvement d’indignation, certains y voyant une récupération politique. « C’est regrettable, car le député Pape Djibril Fall est le seul qui s’est vraiment impliqué. Il est venu nous voir à plusieurs reprises et connaît parfaitement le dossier, contrairement au ministre qui n’a jamais mis les pieds à l’hôtel », déplore Omar Gueye.
Un conflit ancien qui remonte à décembre dernier
Contrairement à ce que croit une partie de l’opinion, la crise ne date pas d’hier. « Tout a commencé en décembre, lorsque les ‘Nars’ ont lancé leurs manigances », explique le représentant du personnel.
Une procédure judiciaire est ouverte depuis plusieurs mois, concernant le licenciement de 26 employés. Selon Omar Gueye, la direction a tenté de justifier ces licenciements en évoquant une externalisation des départements de la sécurité et des chauffeurs. Une justification que les travailleurs jugent fallacieuse.
Confrontés aux arguments du personnel, des agents de l’Inspection du travail ont été dépêchés sur place. Leur rapport aurait démontré que les informations fournies par la direction ne reflétaient pas la réalité. « Leur procès-verbal a été rejeté », affirme Omar Gueye, dénonçant la puissance financière d’une multinationale qui, selon lui, cherche à « contourner les procédures » pour accélérer les licenciements.
Malgré l’ouverture d’un dossier devant les tribunaux, « cela fait un an que rien n’a bougé », regrette-t-il.
Une nouvelle liste de 19 employés ciblés
Après les premiers licenciements contestés, la direction aurait établi une nouvelle liste de 19 employés. À la surprise générale, ces derniers ont été convoqués individuellement pour négocier un départ, sans en informer les représentants du personnel.
« Nous avons été mis au courant par les employés eux-mêmes », affirme Omar Gueye, qui dit avoir interpellé la direction des ressources humaines. « Ils nous ont répondu que c’était une décision de la direction générale et qu’elle devait être appliquée ».
Lors d’une réunion convoquée en urgence, la direction a présenté deux choix : un départ négocié ou un licenciement, avec une indemnisation comprise entre 5 et 7 millions FCFA.
« Comment peut-on proposer 5 millions à quelqu’un qui a plus de 8 millions de droits dans son compte bancaire ? On ne peut pas jeter à la rue des gens qui ont plus de sept ans d’ancienneté en CDI », s’indigne Omar Gueye.
Intervention du syndicat et du Premier ministre
Alerté,Dama Mbodj, Directeur général de la SOGIP SA, qui aurait immédiatement contacté le Premier ministre. Ce dernier aurait convoqué une réunion d’urgence.
Omar Gueye rapporte qu’un représentant de la direction aurait tenu des propos discriminatoires en déclarant qu’il ne s’assiérait pas « avec ces gens-là ». Pour Dama Mbodj, ce refus visait à créer un prétexte pour boycotter la réunion. Il lui aurait été clairement signifié que, soit il prenait part à la rencontre, soit un procès-verbal serait transmis au Premier ministre pour signaler son refus.
Face aux demandes de justification, le représentant de l’hôtel aurait assumé que l’établissement « leur appartient » et qu’ils choisissent eux-mêmes leurs employés. Il aurait aussi révélé avoir reçu un conseil juridique autorisant l’usage du licenciement abusif comme stratégie pour gagner du temps dans la procédure judiciaire.
« C’est ce que nous constatons depuis le dépôt du dossier au tribunal. Rien ne bouge », affirme Gueye.
Le dossier sur la table de l’État
Après cette réunion, les travailleurs ont officiellement saisi tous les ministères concernés. Le président de la République serait également informé de la situation.
Deux ministres ont reçu les représentants du personnel : l’ancien ministre du Tourisme et le nouveau ministre, Amadou Ba. Ce dernier leur aurait indiqué que le dossier était « très lourd » et nécessiterait, selon lui, de remonter jusqu’à Paris pour être instruit correctement.
Il aurait également estimé que l’État n’a pas de droit de regard et conseillé aux salariés d’accepter une indemnisation de 50 millions FCFA. Une position que les travailleurs jugent inacceptable, estimant que « la crise découle d’une série de violations du droit du travail ».
Les employés déterminés à poursuivre le combat
Pour Omar Gueye, la bataille n’est pas seulement sociale, mais aussi juridique et morale :
« Nous sommes dans un pays de droit. Nous n’accepterons pas que des années de loyaux services soient balayées d’un revers de main. Nous irons jusqu’au bout. »
Afama Sambou

